Jardin botanique Meise



Les Cycadales, entre les palmiers et les fourgères

  • Ordo Cycadales
  • Origine: sud-est asiatique
  • Où peut-on les voir dans le Jardin botanique: les Cycadales sont visibles dans la Serre de l'évolution, dans la Serre sèche et dans les serres D et F du Palais des Plantes.

Encephalartos altensteinii

Plus anciens que les dinosaures
Les Cycadales ont vu apparaître les dinosaures et 65 millions d'années plus tard, elles les ont vu disparaître. Ce groupe de plantes existe déjà depuis 250 millions d'années, donc bien avant l'apparition des mammifères et l'arrivée des dinosaures. Durant toute cette période, les Cycadales n'ont quasi pas changé d'aspect; on peut donc les considérer comme un groupe à succès. Au cours de leur longue histoire, elles ont connu des périodes de gloire au Trias et au Crétacé (il y a 225 à 141 millions d'années). Avec les fougères, les Ginkgo et d'autres Gymnospermes (voir plus loin), elles formaient de vastes écosystèmes et servaient de nourriture aux herbivores de l'époque (comme par exemple les iguanodons). Elles ont été évincées par les plantes à fleurs. Actuellement, il existe encore environ 200 espèces dans les régions tropicales et subtropicales du globe. Les genres connus sont: Bowenia, Lepidozamia et Macrozamia (Australie), Encephalartos et Stangeria (Afrique), Ceratozamia, Chigua, Dioon, Microcycas et Zamia (Amérique centrale et du Sud) et le genre Cycas le plus vaste, avec environ 30 espèces (Asie tropicale surtout).

Ni un palmier, ni une fougère
Malgré leur apparence, les Cycadales ne sont ni des palmiers, ni des fougères. Ils se distinguent des fougères par le fait qu'elles ne se reproduisent pas par des spores, mais par des graines, comme les autres plantes supérieures. Contrairement aux palmiers, les Cycadales ne forment pas leurs graines dans des fruits. Comme chez les Conifères, les graines sont nues, elles ne sont pas protégées par les parois des fruits. Avec les Conifères et quelques autres petits groupes, les Cycadales font partie des Gymnospermes. Les autres plantes supérieures forment toutes leurs graines à l'intérieur de fruits (qui résultent de la transformation d'une fleur) et elles appartiennent aux Angiospermes.

Cônes et graines nues
Chez les Cycadales, les graines sont donc formées dans de grands cônes. Ceux-ci apparaissent au sommet de la tige et sont formés d'écailles. Il y a des plantes mâles et femelles. Les exemplaires femelles produisent généralement un grand cône qui peut atteindre 2 mètre de haut. Les écailles du cône portent les ovules. Les plantes mâles forment un ou plusieurs cônes plus petits qui produisent du pollen. Lorsque le pollen atteint une cône femelle, la fécondation peut avoir lieu. Le grain de pollen va germer, les cellules mâles vont féconder les cellules femelles et l'ovule se transforme en graine.

Le vent et les coléoptères en tant que pollinisateurs
La pollinisation s'effectue aussi bien par le vent que par les insectes. La forme des cônes femelles assure des turbulences dans les courant d'air qui maintiennent les grains de pollen plus longtemps en suspension près des cônes. Le pollen a donc plus de chances de tomber entre les écailles ouvertes des cônes femelles. D'autres Cycadales sont pollinisées par des coléoptères. Ce n'est pas étonnant puisque les Cycadales sont apparues bien longtemps avant l'apparition des abeilles et des papillons. Les seuls insectes qui existaient à l'époque étaient les coléoptères. Ceux-ci sont attirés par des odeurs émises aussi bien par les cônes mâles que femelles. Les cônes mâles mûrs produisent de la chaleur, parfois jusqu'à 17°C au-dessus de la température ambiante; ceci permet de mieux diffuser les odeurs. Les coléoptères pondent leurs oeufs dans les cônes et les larves qui en sortent se nourrissent des écailles des cônes. Les insectes attirés par les odeurs, sont couverts de pollen, atteindront les cônes femelles et assureront la pollinisation.

Les animaux comme partenaires
Vu le format des cônes, il n'est pas étonnant que les graines des Cycadales soient de grande taille, 5 à 6 cm de long et pesant jusqu'à 12 grammes. La couche extérieure des graines (sarcotesta) est souvent vivement colorée et contient beaucoup d'amidon. La couche plus interne (sclerotesta) est dure et lignifiée. Dedans se trouve l'embryon entouré des tissus de réserve pour les premiers mois de vie. Les couleurs vives de la paroi extérieure de la graine attirent beaucoup d'animaux. Ils extraient les graines des cônes et en mangent la couche extérieure. La couche interne plus dure protège l'embryon. Les petits mammifères tels les rats, les souris, les écureuils, emportent les graines vers leur trou pour les y manger, ou bien ils les cachent pour les consommer plus tard. Toutes les graines cachées ne sont pas toutes mangées. Des oiseaux de grande taille comme les émeus avalent les graines en entier et en digèrent la paroi extérieure. La graine dure est dispersée en même temps que les excréments. Des animaux de grande taille comme les babouins et les kangourous emportent avec eux des cônes entiers ou des morceaux. Voilà comment les animaux assurent la dispersion des graines des Cycadales. Actuellement cependant, l'aire de répartition de plusieurs espèces de Cycadales est très limitée.

Au début, tout est difficile
La dureté de la paroi de la graine rend la germination de l'embryon difficile. Ce processus peut être très long. Cela peut prendre 6 à 12 mois avant que la première radicelle ne traverse la paroi. Durant tout ce temps, l'embryon vit sur les réserves présentes dans la graine. Lorsque la racine a atteint une dizaine de centimètres, la première feuille se forme. Le méristème qui donne naissance aussi bien à la tige qu'aux feuilles se trouve au sommet de l'axe. Durant les premières années, à chaque période de croissance, une seule feuille est formée. Plus tard, ce nombre augmente et à l'âge adulte, une couronne d'une dizaine de feuilles se développe à chaque période de croissance. Le tronc ne se développe qu'après quelques années.

Troncs simples et racines qui se contractent
Les Cycadales adultes peuvent atteindre de grandes dimensions, jusque plus de 16 m de haut.
En général, leur croissance est lente et elles atteignent un grand âge. L' Encephalartos altensteinii a plus de 160 ans et est le senior du Jardin botanique. Le tronc est couvert d'écailles dures et des bases des anciennes feuilles tombées. Les troncs ne se ramifient pratiquement jamais. Des bourgeons issus du système radiculaire se forment souvent. Parfois des bourgeons latéraux se développent sur le tronc (voir Cycas rumphii). Les feuilles peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Elles vivent plusieurs années et sont souvent protégées par des épines. En Occident, les feuilles de Cycas revoluta sont employées lors de cérémonies religieuses. Certaines Cycadales ont des troncs souterrains et la plus grande partie de la plante se trouve dans le sol. Seules les feuilles dressées sont visibles. Comme chez les autre espèces, à chaque période de croissance, de nouvelle feuilles se forment et le tronc grandit. Pour empêcher que le tronc ne sorte de terre, plusieurs racines vont se contracter et tirer le tronc vers le sol. Chez certaines espèces, c'est le tronc lui-même qui se contracte afin de maintenir le méristème sous le niveau du sol. On ne trouve de telles racines contractiles chez aucun autre groupe de plantes.

Mangé malgré sa toxicité mortelle
Le fait que les Cycadales aient survécu pendant 250 millions d'années est en partie dû à leur toxicité. Toutes les parties sont toxiques. Les substances cycasine et macrozamine, propres aux Cycadales, ont une action dévastatrice sur le foie. Elles sont surtout présentes dans les feuilles. Malgré leur toxicité, l'homme a néanmoins réussi à les domestiquer. Plusieurs peuplades en Asie et en Afrique utilisent l'amidon contenu dans les troncs. Cet amidon sert de matière de réserve à la plante. L'homme fend le tronc et en extrait l'amidon, qui est ensuite lavé et rincé pour en éliminer le poison. Le sago ainsi obtenu permet de fabriquer du pain. C'est pourquoi les Cycadales d'Afrique du Sud (espèces d'Encephalartos) sont appelées 'broodboom' (arbre à pain).

Après 250 millions d'années de survie, la menace plane...
Les Cycadales sont appréciées des collectionneurs. C'est un groupe de plantes très ancien, leur croissance est lente, elles sont faciles à entretenir et très décoratives. Le nombre d'espèces est limité et permet donc d'avoir une collection complète. C'est pourquoi des collectionneurs peu scrupuleux continuent à récolter des exemplaires dans la nature. De plus, le milieu naturel lui-même est menacé par la déforestation et l'agriculture. Il n'est donc pas étonnant que beaucoup d'espèces de Cycadales soient fortement menacées. Plusieurs espèces sont déjà éteintes dans la nature. La culture de ces espèces dans les collections se justifie donc pour assurer leur survie. C'est ainsi que le Jardin botanique national a réussi en 1991 la fécondation de Encephalartos laurentianus. Cette espèce d'Afrique centrale n'a qu'une aire de répartition fort réduite et se rencontre rarement dans les jardins botaniques. Des graines viables ont été envoyées à des institutions dans le monde entier. A côté des collections des jardins botaniques, les collections privées peuvent également contribuer à une meilleure connaissance des Cycadales. Une collection sérieuse peut contribuer à la conservation des espèces dans leur milieu naturel, car elle permet à obtenir une meilleure connaissance de ces plantes fascinantes; elle permet aussi au grand public de se familiariser avec ce groupe de Mathusalems.

Les temps préhistoriques dans notre maison
Certaines espèces de Cycadales sont régulièrement offertes dans le commerce. Elles proviennent généralement de pépinières commerciales et n'ont donc pas d'influence négative sur les populations naturelles. Cycas revoluta et Zamia furfuracea se comportent très bien dans les intérieurs. Ils aiment un endroit clair et un substrat perméable (moitié terreau et moitié sable grossier). Ne donnez pas trop d'eau et peu de nourriture et vous pourrez profiter durant toute votre vie de votre cycas.


Litérature
Crosiers, C. 1992 Contribution a la systematique et a la biologie de l'ordre des cycadales. Ingenieursverhandeling. Gembloux
Jones, D.L. 1993 Cycads of the world. Reed
Scagel, R.F., Bandoni, R.J., Maze, J.R., Rouse, G.E., Schofield, W.B. & Stein, J.R. 1984 Plants, an evolutionary survey. Wadsworth, California
Stewart, W.N. & Rothwell, G.W. 1993 Paleobotany and the evolution of plants. Cambridge university press

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