L'activité et les collections mycologiques du Jardin Botanique National de Belgique (BR)

L'étude des champignons d'Afrique


L'activité scientifique fut importante dans ce qui fut le "Congo belge", si bien que l'herbier du Jardin Botanique est probablement le plus riche du monde en ce qui concerne les collections d'Afrique centrale.

Les premiers travaux de mycologie africaine publiés par le Jardin Botanique ont été édités par Em. De Wildeman et Th. Durand, qui furent tous deux directeurs du Jardin Botanique de l'Etat à Bruxelles (Bresadola & Saccardo 1899, De Wildeman & Durand 1901, De Wildeman 1905-1907, De Wildeman 1903-1912, De Wildeman 1914). Il s'agit de récoltes réalisées par divers collecteurs (principalement A. Dewèvre , H. Vanderyst et Allard) et déterminées par J. Bresadola, P. Hennings, P.-A. Saccardo , H. & P. Sydow et C. Torrend. Ce matériel regroupe plus de 450 taxons, dont près de 400 sont nouveaux pour la science.

Le premier mycologue à avoir travaillé systématiquement sur les collections de champignons africains du Jardin Botanique est Maurice Beeli (1879-1957), qui y fut collaborateur scientifique pendant plus de 30 ans (Heinemann 1959). Bien que n'ayant jamais séjourné en Afrique, il oeuvra beaucoup pour développer l'étude de la mycoflore de ce continent. Suite à ses conseils, Mme Goossens-Fontana (1889-1957) collecta dès 1919 de nombreux spécimens pour le Jardin Botanique, en y joignant des notes et des aquarelles (plus de 900). Cette collection constitue une source remarquable de matériel et d'informations pour la connaissance des champignons africains, notamment en raison du fait qu'elle est constituée de macromycètes. A cette époque, en effet, la mycologie africaine était essentiellement concentrée sur les espèces phytopathogènes. Entre 1920 et 1940, M. Beeli publia près de 30 études sur les champignons africains préservés au Jardin Botanique, dont 11 consacrées aux "Fungi Goossensiani".

Les efforts de M. Beeli pour mettre en valeur ces collections aboutirent à la mise en chantier de la "Flore iconographique des champignons du Congo", dont les 17 fascicules furent publiés entre 1935 et 1970. Cette flore est prolongée par la "Flore illustrée des champignons d'Afrique centrale". Elle présente des clés de détermination et des descriptions, accompagnées de dessins au trait et de planches en couleurs, pour différents groupes de Basidiomycetes , d'Ascomycetes, et de Myxomycetes. Plusieurs mycologues belges (P. Heinemann, M. Beeli, B. Buyck, J. Rammeloo, D. Thoen) et étrangers (J. Boidin, E.J.H. Corner, R.W.G. Dennis, H. Dissing, R. Heim, E. Horak, M. Lange, M. Le Gal, R.A. Maas Geesteranus, D.N. Pegler, H. Romagnesi, R. Singer, R. Watling) ont collaboré à ce travail. Dès 1954 et jusqu'au dernier fascicule publié , le professeur P. Heinemann y a tenu un rôle important, tant comme auteur que comme éditeur.

Il faut mentionner aussi le passage de R. L. Steyaert (1905-1978) (Bienfait 1979) au Jardin Botanique, même s'il réalisa la plus grande part de sa carrière en Afrique, puis à la Commission pour l'Etude de la Flore du Congo belge et du Ruanda-Urundi. Il s'intéressa à la phytopathologie africaine et étudia principalement les genres Pestalotia, Monochaetia et Ganoderma. Il a laissé un abondant matériel au Jardin Botanique.

Actuellement, les recherches concernant les champignons africains se poursuivent au sein du Jardin Botanique. Des séjours d'étude et de récolte ont été effectués depuis 1972 par des membres de l'Institution ou des collaborateurs (J. Rammeloo, B. Buyck, J. Schreurs, J. Degreef). Une coopération y est aussi développée avec des scientifiques extérieurs, tant belges qu'étrangers, travaillant sur la mycoflore d'Afrique tropicale (B. Buyck : Russula, M. Verbeken : Lactarius, V. Antonin : Marasmius et genres voisins, L. Ryvarden : polypores). Des contacts sont également noués avec des mycologues africains, dont certains viennent faire des stages au laboratoire de Mycologie.

Enfin, la "Flore illustrée" continue de paraître et deux synthèses bibliographiques ont été réalisées sur les champignons africains (Rammeloo & Walleyn 1993, Walleyn & Rammeloo 1994). Une présentation synthétique des travaux réalisés au Jardin Botanique à propos des champignons d'Afrique a été publiée par J. Rammeloo (1994); elle inclut de nombreux détails sur les mycologues ayant collaboré à cette étude, ainsi qu'une bibliographie de près de 200 références.


Extrait de : Les Naturalistes belges, 1996, 77, 3 : 74-79 par A. Fraiture